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La crypte2019-03-13T10:06:08+00:00

LA BASILIQUE IMAGINAIRE

Vers un nouvel Oratoire Saint-Joseph

L’église est le lieu d’une promenade architecturale, le lieu de multiples déplacements (processions, offrande, culte des saints) au travers d’espaces spécifiques (chœur, chapelles latérales, etc.) mais qui s’enchaînent sans être strictement délimités et cloisonnés comme dans d’autres édifices publics ou privés.

Claude Laroche

Grâce aux liens qu’il entretenait avec les autorités de l’Oratoire Saint-Joseph, Viau obtient plusieurs contrats : il conçoit en 1909 les plans du kiosque qui s’élèvera à gauche de la chapelle et qui abritera le bureau du frère André. On fait à nouveau appel à lui en 1910 pour les plans d’agrandissement de l’Oratoire (chapelle d’origine) et, durant cette même année, il conçoit ceux du monastère qui servira à loger le personnel du collège. En 1911, il fait les plans d’un pavillon adapté à la dénivellation du terrain où l’on pourra aménager un logement à l’étage, un restaurant au rez-de-chaussée et les cuisines au sous-sol. En 1913, le Conseil provincial de la Congrégation de Sainte-Croix donne son aval à la préparation des plans pour une basilique sur la montagne. Viau et Venne, seuls candidats à prendre part au concours lancé par le Conseil de l’Oratoire, sont choisis à l’unanimité. Le Supérieur provincial Jean-Baptiste Pinson c.s.c. (1873-1955) opte, au lieu du style ogival (gothique), pour une basilique de style byzantin ou ses dérivés.

La crypte

Devant l’urgence de pouvoir accueillir un nombre grandissant de pèlerins pour lesquels la chapelle d’origine ne pouvait plus suffire, les autorités de l’Oratoire conviennent d’abord de construire une église-basse (crypte), au-dessus de laquelle l’église-haute (basilique) compléterait l’ensemble quelques années plus tard. Le groupe de dessins exposés ici comprend des croquis à main levée et des esquisses au crayon graphite (faites à l’aide d’instruments comme la règle et le compas) plus ou moins élaborées, certaines colorées au lavis (pigments délayés dans l’eau) et des plans à l’échelle (plans au sol, élévations et coupes) colorés au lavis.

La basilique imaginaire - La crypte docno1639

Figure 1

La basilique imaginaire - La crypte docno1637

Figure 2

Parmi les esquisses présentées en 1914, certaines élévations montrent qu’elle a tout d’abord été planifiée comme une église-basse, large et profonde, suivant la vogue de l’époque. Elle comporte deux niveaux et deux tours carrées destinées à abriter les escaliers (fig. 1) ainsi que de petites ouvertures (fig. 2).

D’aspect rustique, son style est inspiré des églises romanes, mais sa façade symétrique, ornée de grandes ouvertures en plein-cintre fait davantage allusion aux palais de la Renaissance, comme il est possible de le constater dans l’élévation principale (fig. 3).

La basilique imaginaire - La crypte docno1635

Figure 3

Une autre version du projet présente la crypte sur laquelle reposent deux tours circulaires à colonnades, et l’église est flanquée d’escaliers courbés (fig. 4) qui en contournent les extrémités.

Figure 4

La voûte unique en berceau plein-cintre de la nef (fig. 5), est dotée d’une armature en acier qui supporte les arcs surbaissés. Sa forme basse rappelle les anciennes cryptes, sombres et froides, et l’ambiance ainsi créée évoque davantage l’ombre et le mystère que la lumière et l’élévation procurées par les verrières et l’architecture des églises gothiques élancées. Le plan au sol (fig. 4) suit le plan basilical rectangulaire, sans transept, un dispositif généralement retenu dans les églises romanes.

Figure 5

Toutefois, étant donné les coûts élevés d’une telle construction, les autorités demandent aux architectes d’en revoir les plans. Les tours d’escaliers ainsi que les tours circulaires vont disparaître pour laisser place à un bâtiment à un niveau, ce qui avait aussi pour avantage de ne pas obstruer la vue sur l’église-haute à venir. Son emplacement est aussi modifié : du plateau supérieur où elle devait prendre place, elle sera plutôt installée sur le plateau occupé par la chapelle du frère André, qui sera déplacée pour les besoins, en 1915.

Généralement, la crypte constitue l’église d’origine sur laquelle est construite une église-haute, mais elle peut aussi être construite en soubassement de celle-ci, c’est-à-dire comme base sur laquelle porte l’édifice principal. Dans le cas de l’Oratoire, la crypte trouvera une application différente, ce qui aura pour avantage de la mettre en valeur. Pour l’adapter à la topographie du site, à la dénivellation du sol d’un versant du Mont-Royal, elle sera dégagée vers l’avant de la basilique et en contrebas de celle-ci (fig. 6). L’espace sous la nef de l’église-haute tiendra lieu d’une salle d’accueil haute de deux niveaux. Dans l’élévation principale du projet alternatif « D » (fig. 7), datée de 1915, la crypte, placée sous la basilique, lui fait office de parvis (encore ainsi de nos jours). Dans le projet alternatif « E » (fig. 8) figuré dans l’élévation principale, l’escalier central à double volée offre une variante qui ne sera toutefois pas retenue comme option d’accès à la basilique.

Fig. 6

Figure 6

La basilique imaginaire - La crypte - document no 1009

Figure 7

La basilique imaginaire - La crypte - document no 1015

Figure 8 

La décoration intérieure est pittoresque et imprégnée du style Arts and Crafts, un mouvement né vers 1860 en Grande-Bretagne. Il se développe en réaction à l’industrialisation grandissante : les artistes-artisans sont mis à profit, ils réhabilitent le travail fait main, surtout dans les détails, en revalorisant les techniques traditionnelles. Ce mouvement constitue une grande source d’inspiration pour beaucoup d’artistes, d’architectes et d’artisans canadiens et américains de cette époque. À Montréal, l’enseignement de Percy E. Nobbs, défenseur du mouvement, a contribué à le diffuser. En témoignent les dessins richement ornementés de la crypte, à titre d’exemples : les arcs doubleaux (fig. 9), la lampe de sanctuaire (fig. 10), la chaire (fig. 11), les vitraux illustrant la vie terrestre de saint Joseph (fig. 12) ainsi qu’un croquis des lanternes extérieures (fig. 13).

La basilique imaginaire - La crypte - document no 1752

Figure 9

La basilique imaginaire - La crypte - document no 1762

Figure 10

Figure 11

Figure 12

La basilique imaginaire - La crypte - document no 1789

Figure 13

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La basilique