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Territoire2019-03-13T09:51:48+00:00

LA BASILIQUE IMAGINAIRE

Un sanctuaire ancré dans le territoire :

l’Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal

Que le sanctuaire soit sur le flanc d’une montagne, lieu traditionnel du sacré, qu’il soit inaccessible en ce sens, tout cela représente quelque chose de fondamentalement important pour le peuple.

Benoît Lacroix, O.P.

Convoité pendant plusieurs années (1883-1893) par la Congrégation de Sainte-Croix, le terrain situé en face du Collège Notre-Dame-du-Sacré-Cœur, à Côte-des-Neiges, pouvait offrir un endroit de récréation aux élèves du collège, un lieu de promenade pour les religieux, mais aussi d’accueillir la construction d’une maison de retraite et servir de pacage pour les animaux et de jardins pour la communauté. Après de multiples tentatives, les Pères de Sainte-Croix en font l’acquisition en 1896. La propriété comprend une maison de pierre avec dépendances et sa surface boisée couvre une partie du sommet ainsi que le versant nord; la partie inférieure est exploitée en culture maraîchère et en arbres fruitiers. Avant même son acquisition, cette propriété, qui avait été baptisée « Parc Saint-Joseph » par le Conseil du collège, comprend un promontoire rocheux qu’ils dénomment « Cap Saint-Joseph ». Pour accéder à la montagne, un sentier est balisé au moyen de pierres et de cendres de fournaise et des marches sont construites aux endroits les plus escarpés. La même année, ce chemin est nommé à son tour « boulevard Saint-Joseph », que l’on inscrit au moyen de lettres blanches sur le roc de la montagne.

Le belvédère édifié par les religieux en 1897 au sommet du Mont-Royal offre un point de vue unique sur la ville et ses alentours. On y construit un kiosque en bois rond dans lequel le père Eugène Lafond, c.s.c. (1856-1919) inscrit « Saint Joseph, priez pour nous! ». Mais ce petit sanctuaire en l’honneur de saint Joseph et son implantation au cœur même de la montagne avait déjà ses « racines ». Quatre ans avant l’acquisition de la propriété, tel un semeur, le frère Aldéric Giraudeau c.s.c. (1827-1920) avait enfoui une médaille de saint Joseph au pied d’un grand pin, dans l’espoir que se réalise le rêve d’y installer une chapelle en l’honneur du saint, projet qu’il partageait avec le Frère André. Habitué à y faire des promenades pour ses prières, le Frère André « sème » ici et là des médailles de saint Joseph, et obtient l’autorisation d’installer provisoirement dans une niche une statue à l’effigie du saint. Il verra son projet achevé en la chapelle de l’Oratoire Saint-Joseph, inaugurée en 1904, et le trottoir de bois y conduisant depuis la voie publique, en 1909.

Les autorités du collège Notre-Dame, afin d’en retirer un revenu, permettent de prélever de la pierre en minant une partie à la base du parc. Il faudra aussi extraire une section de cette montagne sur une longueur de 12,80 mètres (42 pieds) afin d’aménager un plateau d’une longueur de plus de 129,54 mètres (425 pieds), pour y asseoir la future basilique. Grâce au minage du roc, il devient possible de récupérer la pierre qui, une fois concassée, servira à la confection d’une partie de la fondation et des murs en béton de la basilique. Au sommet de la montagne, la basilique deviendra le point le plus élevé de la ville. L’architecte Venne, avec l’aide de son associé Viau, saura tirer profit de la topographie de ce site montagneux pour créer une crypte en soubassement et la surmonter d’un temple grandiose jouissant d’une grande visibilité, à l’exemple des églises françaises de pèlerinage réputées de la deuxième moitié du 20e siècle.

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